Pratique Publique de la Philosophie
|
| Qui sommes nous ? | Notre Charte | Calendrier | Nos Articles | Nous contacter |
|
Marie-Neige essaye de décrire ce qui se passe dans un café philo et en quoi
cette expérience se différencie de l'expérience analytique.
En tant qu’espace de parole le café philo représente un lieu singulier d’interactions humaines. Témoigner de ce qui sy passe pour saisir le lien éventuel avec la psychanalyse ou ses dérivés, m’amène à mettre en relief les différences formelles que j’observe au fil des animations que j’ai effectuées ces quatre dernières années, au café philo de Bruxelles. Ces différences portent sur les aspects fonctionnel et relationnel à l’oeuvre dans chaque pratique. Quant au fond même, il est probable que l’on puisse trouver des similitudes dans la nature même des préoccupations «subjectives» des participants. En effet, une partie non négligeable des thèmes proposés sur le mode de l’improvisation s’élaborent à partir de l’expérience personnelle reformulée sous la forme d’un questionnement «après-coup». Mais l’attitude de l’animateur à cet endroit-là se distingue certainement de celui de l’analyste. Au principe de «l’association-libre » par exemple, il proposera celui de la «raison suffisante» qui s’affirme dans une objectivation de la pensée et non pas dans un lâcher-prise des instances de réflexion et de la vigilance de la conscience. A un autre principe bien connu, celui de « l’attention flottante » il préfèrera celui de «l’écoute active» qui suppose une empathie. Mais ce serait faire l’éloge d’une rationalité étriquée que de nier la pierre d’angle de la psychanalyse : l’inconscient. Si l’animation philosophique d’un débat tend vers la maîtrise de la conceptualisation et de la problématisation d’une question, elle s’opère par un sujet non isolé, présent au milieu d’autres sujets, d’autres « consciences » et par conséquent d’autres « inconsciences ». L’interface entre la psychanalyse et le café philo serait peut-être la dimension «phénoménologique» de toute individualité. Les différences formelles. Aspect fonctionnelLe lieu concret où se déroule un café philo est un espace ouvert sur l’extérieur et accessible à tous (un établissement commercial « le café » ou une salle à l’étage, légèrement en retrait, parrainée le cas échéant par un service culturel local). Il n’y a pas de droit d’entrée, ni d’inscription préalable. Cela n’en fait pas pour autant un lieu de liberté inconditionnée, ni d’expression débridée de la parole où tout pourrait se dire et de n’importe quelle manière, puisque soumis d’emblée aux règles régissant la société civile et à celles énoncées par l’animateur en début de séance : l’écoute d’autrui et l’effort argumentatif à consentir dans la prise de parole. Du fait de sa localisation dans un tel cadre, le café philo est un lieu interactif et transversal, sortant de la sphère purement privée tout en ne s’inscrivant pas dans le Collectif, tout au plus dans l’Associatif. Le dispositif mis en place par le café philo diffère de celui de la cure analytique au moins par sa finalité immédiate. Le point d’amorce des échanges est une recherche en commun (plus de deux personnes en tout cas) durant un laps de temps défini d’un sens à définir ou d’une problématique à développer sur un sujet précis, ayant fait l’objet d’un vote à deux tours. Ce vote sollicite chez tout un chacun une part active de ses facultés de jugement et de décision en l’invitant à se prononcer sur un thème plutôt qu’un autre avec en profil la perspective de justification raisonnable de ses choix. En outre, le fait de lever ou pas la main pour manifester un point de vue ou de faire entendre sa voix au sens propre, revient à faire signe sur ce « qui est pensé en soi » en direction des autres à propos d’un thème commun. . Aspect relationnelIl est aisé de comprendre que l’aspect relationnel découle de l’aspect fonctionnel. L’animateur se trouve à la fois en face et aux côtés d’une assistance de personnes inconnues et peut-être, seulement, de passage. Sa fonction est de poser souplement les règles de l’échange, d’annoter les thèmes proposés par les participants, de compter le nombre de voix émises à titre de vote, d’en faire le décompte, puis de donner la parole à celui ou celle, dont le thème aura été retenu pour sa présentation. Il se consacre à une écoute active et une ponctuation féconde des interventions en apportant, si nécessaire, une mise au point conceptuel pour la bonne conduite et l’évolution du débat. Il doit également être attentif à ce que la parole circule et rebondisse de manière équilibrée entre les participants. Le silence est également accueilli puisque la parole est facultative et se prend par initiative. La dernière demi-heure du débat est consacrée à des interventions conclusives. Nous voyons qu’il y a des graduations dans le fil de la discussion et qu’une forme d’itinéraire se fait au cours d’une séance de café philo. En aucun cas, l’animateur est centré sur une personne en particulier, bien qu’il prenne en considération tout un chacun dans son dit mais afin de le mettre en perspective avec l’ensemble et en fonction du thème. Les affinités de fondSi l’on aborde la question du point de vue du Sujet en tant qu’ « être-au monde» et de langage, on ne peut faire l’économie de l’arrière-plan psychanalytique. Du fait de se trouver dans l’improvisation et dans l’oralité, le langage s’inscrit dans un ensemble non restrictif à la seule rationalité cartésienne. La fameuse formulation lacanienne «l’inconscient est structuré comme un langage» prend ici une illustration concrète. On se trouve dans la situation intellectuelle et émotionnelle d’une «éthique de la discussion», une dialogique. En ce sens, la personne s’exprime toutes dimensions confondues, elle n’est pas une souris de laboratoire. C’est ainsi qu’au cours d’un café philo tandis que nous nous sommes tous mis d’accord pour «serrer» au plus près notre propos, nous dérivons, nous commettons des lapsus et un autre ordre de la pensée s’insinue au fil de la discussion comme une découverte intéressante dans le meilleur des cas, décevante dans le pire, mais toujours concerté. Marie-Neige Glanard Le 18 mars 2005. |