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Métis-sages


Comment ëtre original sans être anormal ?


La question posée porte sur " l'espace de créativité" possible en chacun de nous au sein même de la normalité
Le livre de la psychanalyste Joyce Mac Dougall, intitulé" Plaidoyer pour une certaine anormalité", s'interroge sur le fait de pouvoir "vivre une certaine anormalité. Cette praticienne évoque les cas de patients pervers, dont la caractéristique commune est une imagination débordante. Elle explique que la psychanalyse vise à permettre l'expression d'une certaine originalité voire même d'une certaine anormalité sans jugement de valeur. Le commun des mortels comparé au pervers est alors " trop normal " et ennuyeux sur le plan de l'originalité. De ce point de vue, la névrose et la perversion sont une mine en psychanalyse. Pour conclure, elle précise "On ne veut pas être anormal mais on ne veut pas être ordinaire ", formule très proche de l'énoncé du débat.

L'anormalité et l'originalité


Au niveau médical, l'anormalité représente l'écart par rapport à la santé. Un fonctionnement est normal quand il suit les règles de la biologie, comparable au mécanisme parfait d'une horloge.
L'anormalité par contre, c'est le " grain de sable " qui altère le rouage et entraîne l'avènement du pathologique.

Au niveau de la psyché la frontière entre normalité et anormalité est ténue. Langage et parole sont à mettre sous deux registres différents. Le langage, du côté de la science, du discours élaboré à partir de règles communes. La parole, du côté de la sphère personnelle, créée par un être singulier. Ainsi langage est davantage associé à exactitude, normalité tandis que parole, à possibilité de névrose, anormalité. L'articulation entre le langage et la parole permettrait de toucher à cette originalité dont il est question sans tomber dans l'anormalité.

Parler selon sa propre origine


La question de départ pose un paradoxe: en se demandant "Comment être original ", on présuppose un calcul d'intérèt. Or, le véritable original est celui qui s'exprime sans artifice et part de son propre mouvement. Créativité et originalité doivent être associées pour produire un acte singulier. Le percing est original pour celui qui y met un sens personnel ou symbolique, mais devient banal pour celui qui "imite " l'originalité de quelqu'un d'autre.
Dans le mot "original " il y a l'idée de l'origine, d'un lieu d'où on émerge pour aller vers un ailleurs. Le regard de l'autre légitime ou dément "la normalité des racines.


L'art du poète consiste à " bousculer " la normalité propre au langage. Il emploie des " métonymies " et des " métaphores " en vue de rapprocher des signifiants qui a priori n'ont rien à voir les uns avec les autres.
Le poète se situe de l'autre côté du langage mais ne bouleverse pas les normes sociales.





La définition de la norme


Selon Montaigne, il n'y a pas de référence à une norme naturelle mais plutôt à une norme sociale. La norme est relative, d'une part, au choix préalable des valeurs et, d'autre part, à l'évolution dans le temps des mentalités. Dans le cas des conflits de génération, la norme préconisée par les adolescents n'est pas celle imposée de droit par les adultes. Au fil du temps, un déplacement de la norme s'opère.
La normalité se définit en fonction d'une collectivité donnée. Que ce soit une collectivité restreinte (tribu) ou plus large comme la société civile intégrant la fonction judiciaire. Il existe une hiérarchie de normes fondamentales, héritées " originellement " des dix commandements. Ces normes sont à penser de concert avec la pérennité de l'espèce humaine.

Norme et Normativité


La norme est à relier avec le naturel et l'organique. La normativité appartient au registre de la culture et fonctionne comme un code de re-connaissance.
D'où la parfaite cohérence entre la possibilité d'être original sans être anormal. En effet, on peut casser avec une normativité donnée sans pour autant tomber dans le pathologique. Dans le diagnostic de la folie, cette différenciation est capitale.
Pour Luc Ferry " l'homme est celui qui peut s'écarter de la nature ". Nietzsche va plus loin, et affirme "l'homme est une erreur de la nature " car il s'inscrit soit en défaut par rapport à la nature, soit en " surhomme " par rapport à la culture. Le destin de l'homme serait doté d'une originalité propre ou liberté contrairement aux animaux soumis à la contingence.
Actuellement, on transgresse les normes à l'origine de la vie même (clonage). Ce n'est pas le fait d'artistes mais d'apprentis sorciers. C'est en s'accrochant aux rôles naturelles, à l'écologie, aux écosystèmes que nous réduirons la difficulté du bien-vivre ensemble. La nature possèderait une norme non-relativiste bonne à respecter pour le bienfait de l'homme.

Propos recueillis et reformulés par Marie-Neige Glanard